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19 mai 2007

La BNF contre Google

En 2004, Google lance son projet de bibliothèque en ligne.
Immédiatement, le directeur de la BNF monte au creneau en disant que cela va uniformiser la culture et imposer la culture anglo-saxonne. Dans les mois qui suivent un important budget est alloue pour CONTRER l'IMPERIALISME KULTUREL.

C'est tout bonnement faux puisque Google numérise les ouvrages en toutes langues...c'est même une porte ouverte pour les autres langues, puisque l'on peut mettre des livres Francais, Espagnols...etc. dans un moteur de recherche mondial équipé d'outils de traduction automatique. Ainsi un utilisateur lambda d'Australie, faisant une recherche sur Google Books peut découvrir qu'il existe des ouvrages Francais sur tel sujet. Grace à la traduction automatique, il peut rapidement comprendre le bouquin et l'utiliser comme citation dans son propre travail.

C'est aussi la possibilité pour les universités et centres de recherche de faire numériser leurs documentations à moindre frais, puisque Google maîtrise déjà la technologie.

- Dans les autres pays d'Europe, on se saisit de cette opportunité. En 2006, 2007, des bibliothèques Allemandes, Espagnoles, Anglaises, des bibliothèques d'universités, sont numérisées par Google.

- 2007. 3 annees et 3 millions d'euros d'argent public plus tard. la BNF présente Europeana, prototype de la bibliotheque en ligne Europeenne.
En fait, il s'agit d'un site qui regroupe 3 bibliotheques en ligne existantes. Tous les livres d'Europeana ont ete numérisés avec un autre budget depuis des années (depuis au moins 6 ans à ma connaissance).

Partis pour contrer l'impérialisme culturel, nos vaillants chevaliers de la BNF sont arrivés à:

-créer un nouveau gouffre à pognon qui n'arrive pas à faire le dixième de ce que la simple coopération avec le privé aurait pu faire. Google c'est 1 million d'ouvrages numérisés pour 5 millions de dollars par an. Europeana annonce 100 000 ouvrages numérisés pour 10 millions d'euros par an.
Ce que l'on essaie de ne jamais faire en informatique: réinventer la roue...surtout en moins bien.
Europeana, projet Franco-Francais, est financé par une NOUVELLE TAXE sur les matériels d'impression et de reproduction.

- isoler les bibliothèques numeriques francophones, qui du coup ne seront jamais aussi visibles que celles numérisées sur Google.
Par exemple, Google associe ses outils cartographiques pour vous indiquer dans quelle bibliothèque près de chez vous se trouve l'ouvrage que vous consultez.

Après le Royaume-Uni et l'Espagne, l'Allemagne est le troisième pays européen, le second non-anglophone, à rejoindre le projet de bibliothèque numérique (Library Project) lancé fin 2004 par Google, référence mondiale des moteurs de recherche et des liens sponsorisés. La société Internet américaine et la Bibliothèque d'Etat de Bavière vont numériser et mettre en ligne plus d'un million de livres du domaine public, de Goethe à Schiller. Ces ouvrages de langue allemande, mais également française, espagnole, italienne et anglaise, pourront être lus et téléchargés via Google Recherche de Livres.

« Nous ouvrons notre bibliothèque au monde entier pour remplir notre véritable mission - la découverte des livres et de la connaissance – en franchissant le seuil décisif de l'ère numérique. Ce travail passionnant va permettre aux lecteurs du monde entier, à leur gré, où qu'ils se trouvent, de découvrir et de bénéficier en ligne de la riche tradition littéraire allemande », a souligné Rolf Griebel, directeur de la Bibliothèque d'Etat de Bavière, dans un communiqué daté du 6 mars 2007.

Outre la Bayerische Staatsbibliothek (BSB), 12 établissements sont, à ce jour, partenaires du Google Library Project : Harvard, Stanford, Oxford (UK), Pinceton, Université du Michigan, de Virginie, du Wisconsin-Madison, de Californie et du Texas-Austin, New York Public Library (NYPL), Complutense Madrid et la Bibliothèque de Barcelone. Par ailleurs, Google est en pourparlers avec la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis. La France, son chef d'Etat, Jacques Chirac, et le président de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, boudent le projet depuis son lancement... Est-ce la bonne attitude à adopter dans un monde globalisé où de jeunes entreprises font progresser la société de l'information ?"

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Bien évidemment mon intervention est polémique. Mais il y a une chose qui est évidente:
Ils réinventent la roue en utilisant l'argent du contribuable alors qu'ils auraient pu le faire en partenariat avec Google.

Le partenariat avec Google permet de donner immédiatement aux fonds numérisés une visibilite exceptionnelle.
En plus, je suppose que dans plusieurs années, ces (bibliothèques) numérisées vont se retrouver sous le même site global, ce qui est beaucoup plus facile à faire quand c'est la même entreprise qui numérise tout, puisque les fonds sont organisés/indexés de la meme façon.
Il y aura peut-être un site global des(bibliothèques) en ligne, avec un petit abonnement à payer pour avoir accès aux ouvrages d'un grand nombre de bibliothèques en toutes langues...sauf la langue francaise qui sera à part sur un site francais avec une technologie (peut-être géniale mais) différente...moins visible, plus compliqué, plus isolé...

Résultat final à mon avis:
- beaucoup plus cher
- moins bien
- refus d'utiliser les outils les plus adaptés pour des raisons idéologiques. Il suffit de lire ce qu'écrit le directeur de la BNF pour comprendre que les bibliothèques en ligne ça lui plait uniquement si c'est un projet dirigé par la France.

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La national public library of NY, la bibliothèque de Barcelone, la bibliothèque de Bavière, sont des bibliothèques nationales. Bradent-ils leur patrimoine?

Jamais Google n'a donné la moindre leçon à ces gens. C'est l'inverse. Quand Google a lancé ce projet, tout le monde s'est dit excellent outil. Sauf Asterix qui s'est mis à gueuler dans Le Monde que c'etait une catastrophe, le rouleau compresseur, Coca Cola....etc.

Jean Noel Jeanneney a déjà sorti deux livres pour attaquer la démarche de Google.
Dans ces ouvrages, il explique qu'il ne faut pas numériser tous les livres des bibliothèques (pourquoi?) et que seul le service public devrait le faire (pourquoi?).
Le vrai problème est idéologique...absolument pas rationnel. Dans ses bouquins Jeanneney a des problemes dès que c'est Americain anglophone ou prive. Il passe son temps à sortir des gros clichés sur Coca Cola...il est rétrograde au possible, il veut décider ce que les gens devraient pouvoir trouver en ligne sur internet, il veut des commissions, des tables rondes...toute la bonne vieille soupe habituelle.

Lire tous les commentaires sur le forum de PC Inpact:
http://www.pcinpact.com/actu/news/35461-europeana-bibliotheque-numerique-BNF-Google-.htm?vc=1#vc

Posté par sewe à 18:08 - Francophonie - Rétroliens [0]


10 mai 2007

Antimondialisme et antiaméricanisme

La mondialisation a existé bien avant la naissance des États-Unis. Comme le rappelle un économiste et historien, Régis Bénichi, dans une lumineuse synthèse sur le sujet (parue dans la revue L'Histoire, n° 254, mai 2001 sous le titre: "La mondialisation aussi a une histoire"), la mondialisation accompagne toute l'histoire du capitalisme. On observe déjà, plus anciennement encore, cet élargissement du commerce dans l'Empire romain et au Moyen-Age, avec ses conséquences bénéfiques: les avantages de réciprocité, de complémentarité engendrant la baisse des coûts. Mais c'est surtout après les grandes découvertes, à la fin du XVe siècle, avec l'essor du commerce transatlantique, que débute la mondialisation au sens moderne du terme. Bénichi distingue trois vagues: l'expansion du capitalisme marchand après les grandes découvertes, puis la période où se généralise la révolution industrielle en Europe et en Amérique du Nord, soit de 1840 environ à 1914; enfin la mondialisation actuelle.

Il va de soi que la première vague monte durant tout le XVIe siècle et s'élargit encore au XVIIe. Grâce au trafic maritime, outre les acteurs de premier plan, comme l'Angleterre et l'Espagne, de petits pays comme le Portugal ou la Hollande deviennent de grandes puissances économiques, des têtes de réseaux planétaires, qui s'étendent jusqu'à l'Inde, à l'Asie du Sud-Est, à l'Indonésie, au Pacifique Ouest, à l'Australie, à l' Amérique du Sud. La Compagnie néerlandaise des Indes orientales est un prototype des instruments nouveaux que suscitent les échanges universels . Le XVIIIe siècle a illustré plus tard par la pratique autant qu'il les explique par l'analyse théorique les bienfaits de la liberté du commerce.

Au cours de ce que Bénichi appelle la deuxième vague de mondialisation, entre 1840 et 1914, le volume du commerce mondial est multiplié par sept. On parle beaucoup aujourd'hui d' «Amérique-monde ». C'est l'expression « Europe-monde » qui convient aux deux premières mondialisations, tant l'Europe répand alors sur tous les continents ses capitaux, ses techniques, ses langues, ses hommes. Surtout, elle sert de moteur central à une circulation planétaire des marchandises, des savoir-faire, des sciences, des techniques et des idées. En revanche, à partir de 1919, après la catastrophe de la Grande Guerre, et malgré le rétablissement de la paix, l'Europe ruinée recule, se replie sur elle-même. C'en est fait de sa suprématie. En outre, elle se morcelle: les pays européens se ferment les uns aux autres. De l'autre côté de l'Atlantique, les États-Unis, l'Argentine, le Brésil, terres immenses traditionnellement ouvertes aux immigrés et aux produits étrangers, se barricadent à leur tour. Le commerce international s'effondre, les capitaux ne peuvent plus circuler, on institue le contrôle des changes, on veut fixer par décret le cours des monnaies. Donc, sur toute la planète, la vie économique se sclérose et se met à ressembler, en somme, à ce que souhaitent pour l'humanité les adversaires actuels de la mondialisation. Le résultat ne se fait pas attendre: c'est la crise de 1929, qui dure dix ans, ce sont les dizaines de millions de chômeurs, c'est, dans certains pays, la montée de régimes dictatoriaux ou totalitaires, partout la chute précipitée du niveau de vie. (La France, par exemple, ne retrouvera qu'au début des années cinquante son revenu moyen par tête de 1914.) Et pour couronner cette brillante série de succès, survient la Deuxième Guerre mondiale, d'où l'Europe sortira non seulement matériellement et économiquement détruite, mais cette fois-ci définitivement déchue du rang des «grandes puissances».

N' en déplaise aux manifestants « citoyens » de Gênes ou de Davos, il n'est donc pas incompréhensible qu'en 1945 la « communauté internationale », comme on devait l'appeler plus tard, ait, pour une fois, tiré les leçons de ses fautes et se soit avisée de tourner le dos à l'antimondialisation du quart de siècle précédent. Dès 1941, en pleine guerre, les États-Unis avaient inscrit la libération du commerce mondial dans la Charte de l'Atlantique, signée le 14 août 1941 par Churchill et Roosevelt. En 1944, Morgenthau, secrétaire d'Etat au Trésor {ministre des Finances) de Roosevelt, énonçait ainsi la doctrine qui devait servir de guide dans l'avenir: «il faut éviter de recourir aux pratiques pernicieuses du passé: la course aux dévaluations, l'élévation des barrières douanières, le contrôle des changes, ces pratiques par lesquelles les gouvernements ont essayé vainement de contenir l'activité économique à l'intérieur de leurs frontières. Ce sont là les procédés qui ont été fauteurs de dépression économique et de guerre.»

Ainsi commençait la « troisième vague » de mondialisation, qui n' a pas cessé depuis la fin de la guerre de s' amplifier et dans laquelle nous nous trouvons encore. Les traits capitalistes de cette troisième phase se précisent davantage à la suite de l'effondrement des communismes. La mondialisation alors se caractérise par une coloration principalement américaine, puisque, admet -on de manière générale, l' Amérique a émergé de la guerre de 1939-1945 comme la première puissance capitaliste mondiale et de la faillite socialiste de 1980-1990 comme la seule superpuissance économique. Que cette troisième mondialisation ait, par conséquent, un caractère encore plus capitaliste que les deux précédentes, c'est-à-dire soit due encore plus à l'action des entreprises privées et de moins en moins à celle des États, ne doit pas étonner non plus. Car, même dans les pays où le communisme politique a essayé de prolonger artificiellement son existence, les gouvernements rescapés ont fait tous les efforts possibles pour se débarrasser du socialisme économique, à coup de privatisations, d'appels aux investissements étrangers, de libération des échanges et d'accords commerciaux transfrontaliers. Seules Cuba et la Corée du Nord se sont cramponnées au collectivisme totalitaire, et ces seuls exemples dispensent de tout commentaire.

Jean François Revel

Extrait de son livre: "L' obsession anti-américaine" paru chez Plon en 2002.

Pour acheter le livre:

http://www.amazon.fr/Lobsession-anti-am%C3%A9ricaine-fonctionnement-causes-incons%C3%A9quences/dp/2266133403

Posté par sewe à 16:23 - Amérique - Rétroliens [0]

07 mai 2007

Libéralisation: La voie commerciale

par Olivier MÉRESSE

Texte paru dans le bulletin de l'ALEPS d'avril 2007

Nous, pauvres citoyens, avons peu de capacités, avec nos petits bras et nos petites voix, et même avec nos grandes plumes, pour faire décroître l'État. En revanche la puissance d'une entreprise commerciale, compte tenu du rôle que vont jouer ses produits ou les services
rendus, ses moyens publicitaires, son poids au sein d'une économie, peut avoir une influence très salutaire sur l'élargissement de nos libertés. Et ce pour des raisons d'efficience bien connues (division du travail, expertise contractuelle, concentration de capitaux...} qui justifient d'ailleurs l'existence, hors du circuit commercial marchand, d'organisations libérales (Aleps et autres thinktanks}. Mais hélas, nous pouvons noter qu'à l'intérieur du circuit commercial marchand trop peu d'entreprises s'opposent au prince. Cela se comprend: tel leader obtient des avantages d'un Etat législateur ou dépensier, tel suiveur et éventuellement tel challenger aussi. Mais il existe bien un challenger (4e, 5e, l0e...} disposant de quelques moyens, qui a intérêt à jouer  la carte contraire. Sans abonder (et c'est bien regrettable !} des exemples existent  déjà d'entreprises qui jouent cette carte avec profit, au moins ponctuellement (ainsi  certaines campagnes publicitaires des magasins E. Leclerc qui prennent à partie la législation}.
Si la litanie des nuisances  fiscales et réglementaires que la contrainte publique fait peser sur les entreprises nous est familière, nous sommes-nous suffisamment interrogés sur les attaques que les entreprises pourraient porter contre l'État, et plus particulièrement sur le profit qu'elles pourraient en attendre ? Nous nous efforcerons donc de lister tous les avantages commerciaux qu'une entreprise peut tirer d'une opposition plus franche à l'État, et devant la richesse de cet inventaire, nous conclurons que le seul frein à l'adoption par davantage d'entreprises des idées que nous défendons {pour en faire leur "politique d'entreprise") est que nous ne diffusons pas assez souvent cette bonne nouvelle: s'opposer à l'Etat peut rapporter des sous.

Quels avantages une entreprise pratiquant une politique libérale  est-elle en droit d' espérer ?

Une première série d'avantages tient aux bénéfices procurés par plus de cohérence. Je fréquente assez de patrons de gauche pour constater les tiraillements dont ils sont l'objet, entre leurs beaux discours et les nécessités de leur activité. L'idéologie socialiste qui leur embrume l' esprit complique beaucoup leurs vies, même s'ils ne s'en rendent souvent pas compte, la fierté d'être" de gauche " justifiant tous les sacrifices à commencer par la lucidité. Mais obligés de tenir un langage différent aux employés, aux clients, aux syndicats, aux actionnaires ou aux amis, ils sont condamnés à compartimenter leur existence comme des maris volages, et souvent avec le même insuccès. S'il ne nous est pas possible d'affirmer qu'être libéral permet à l'entrepreneur de sûrement s'enrichir {seul le travail engendre la richesse, et puis un contrat public juteux profite au courtisan plutôt qu'au commerçant) à coup sûr cela lui fait gagner du temps en lui épargnant bien des justifications oiseuses et en l'autorisant à parler à tous d'une même voix.

Cette nécessité d'une cohérence entre les discours et les actes est inscrite dans la nature même de l'entreprise. Un candidat à une élection peut promettre puis ne pas tenir. Une association humanitaire peut recevoir des dons en se contentant, au lieu de faire, de faire croire qu'elle fait. Pour l'entreprise privée{celle qui vend des produits concurrentiels sur des marchés libres) l'illusionnisme   ne paie pas ou pas longtemps. Pour obtenir les moyens de satisfaire ses clients de demain, l'entreprise doit commencer par satisfaire ses clients d'aujourd'hui.

L'entreprise est en elle-même porteuse d'une éthique, comme il se doit conforme à sa nature. Ainsi n'y a-t-il pas lieu de se demander" Quelle éthique pour l'entreprise ? " puis partir à une arbitraire pêche aux valeurs, mais simplement choisir entre l'éthique d'une administration publique et celle d'une entreprise privée. Une entreprise digne de ce nom, de ce titre de gloire, est du côté de l'échange volontaire plutôt que de la contrainte policière, et choisit de prendre en charge les problèmes plutôt que de s'en plaindre. Par nature l'entreprise privée est anarchiste, dissidente, pragmatique et responsable.

Une révolution en terme d'approche peut alors consister à considérer l'étatisme comme un problème parmi tant d'autres, donc digne d'être pris en charge par des entreprises (comme n'importe quel autre problème pourrait l'être) et ce texte n'a d'ailleurs pas d'autre ambition que de vous en convaincre.

La bonne place de l'entreprise est du côté de la cognée plutôt que du manche

Après s'être battus contre la loi Royer en 1973 puis contre le monopole des compagnies pétrolières en 1979, les centres E. Leclerc s'attaquent en 1981 à la loi Lang sur le prix du livre (rabais limité à 5 % du prix fixé par l' éditeur) en offrant des livres 20 % moins chers répercutant auprès des clients les rabais obtenus auprès des éditeurs. Deux étiquettes figuraient sur les livres: l'une rose correspondant au prix Lang, l'autre verte correspondant au prix E. Leclerc, et il était demandé à chaque client de choisir en caisse celui des deux prix qu'il souhaitait payer. Résultat: en quatre ans E. Leclerc devient le deuxième libraire de France.  (Profitons de l'occasion pour nous remémorer cette affiche drôlement belliqueuse de 1986 : " Prix du livre: Lang passe à Léotard, Leclerc transforme. »)

Ce qui introduit fort bien l'idée suivante: une entreprise privée doit, si elle veut prendre l'avantage sur ses concurrents, se faire le meilleur avocat de ses clients; ça s'est toujours passé comme ça (1) ! Son job n'est donc pas d'exploiter les consommateurs au côté de l'Etat en profitant des lois pour mieux les essorer , mais bien de les défendre face aux appétits dévorants des concurrents ou des pouvoirs publics. Chaque entreprise est libre de choisir son camp, mais le client est plus rancunier que l' électeur, il établit mieux le lien entre ce que ça lui coûte et ce que ça lui rapporte et il a davantage de possibilités de s'échapper.

On se condamne toujours à vivre dans le monde sur lequel on mise et une entreprise qui mise sur les subventions, un surcroît de réglementations, ses amitiés dans les cercles du pouvoir, etc. ne doit pas s'étonner d'être un jour nationalisée (c'est peut-être son objectif). Sa nationalisation n'est au fond qu'une rationalisation.

Pas de David sans Goliath

Une petite entreprise a toujours intérêt à s'attaquer à des forteresses. Si je mets mon nom sur une lessive quelconque et que je m'offre une publicité la comparant avec Ariel et Skip (message: "ma lessive lave à peine moins bien mais coûte beaucoup moins cher") cette comparaison joue à mon avantage et non à l'avantage de mes nobles concurrents. C'est moi qui tirerai profit des transferts de réputation, moi qui appuierai ma notoriété sur la leur. Pour Ariel et Skip en revanche rien ne peut être plus atroce que d'être comparé à un nain si minable, un nabot si bossu. C'est pour cette raison, quand de tels cas se produisent, que les marques attaquées ne répondent pas. L'investissement média sera ici tellement réduit relativement à ceux d'Ariel ou Skip que la comparaison sera rapidement oubliée si toutefois elle est vue. Mais même lorsque l'investissement média est important la grande marque attaquée par la petite a peu intérêt à répondre, à s'abaisser. Avis a ainsi pu construire sa réputation en se comparant à Hertz (campagne" We try harder" expliquant qu'un challenger fait. Plus d'efforts qu'un leader). Le premier bénéfice de cette campagne Avis fut d'ailleurs de laisser croire à tous que la marque était en seconde position sur le marché de la location de voiture quand elle en était encore loin.
Tout ceci pour dire que s'en prendre à l'État est extrêmement rentable du point de vue de la communication d'une entreprise. Ça vous donne de l'importance, ça capte beaucoup de valeur pour trois fois rien, ça maximise l'investissement média, c'est galvanisant pour les clients comme pour les employés et, connaissant le poids du Léviathan, il faudrait que votre offre soit bien lamentable ou votre politique bien peu pertinente pour qu'elles ne tirent pas avantage de la comparaison.

Une approche commerciale pertinente fait toute la différence

L'époque se prête bien à ces stratégies d'attaques frontales de l'État parce que c'est aujourd'hui la qualité de l'approche qui gouverne la suprématie commerciale. Illustrons cette affirmation avec les cas de Nike et d'Apple (deux marques qui n'ont, pour l'instant, pas grand-chose d'anarchiste).

Lorsque Nike débarque sur le marché de la chaussure de sport, l'important est encore de participer. Nike prend alors à contre-pied Adidas et Puma en proclamant que ce qui compte c'est la victoire (le nom de la marque est emprunté à Athéna Niké, déesse grecque symbolisant la victoire). Pas la victoire à tout prix bien sûr, mais au moins la victoire sur soi-même. Aller chaque jour plus haut, plus loin, plus vite, faire une performance, gagner un classement; peu importe pourvu qu'on accumule des petites victoires. Et pour mieux incarner cette nouvelle approche, Nike s'appuie sur le jogging. Aucune règle, on ne participe à rien; à l'écoute de soi-même, on se donne à sa course, à son effort. Nike qui faisait des chaussures d'athlétisme fabrique des chaussures à la semelle bien molle pour courir sur l'asphalte. Et impose son leadership. "Accept no limits" puis" Just do it" : avec sa focalisation sur la victoire, Nike est entré en résonnance avec les attentes des coureurs du dimanche aussi bien qu'avec celles des champions du monde.

Au tour d'Apple maintenant. Dans le monde d'IBM, l'informatique était une affaire d'adultes, d'adultes spécialistes, de spécialistes exclusivement formés par IBM, et qui opéraient dans des unités centralisées, au siège des grandes entreprises. Apple arrive avec l'idée que l'ordinateur est un produit électroménager, domestique, individuel, destiné aussi aux enfants, et même aux enfants handicapés. C'est cette approche originale qu'invente Apple; et c'est ce fil qu'Apple déroule. Des micro-ordinateurs, objets pour hobbyistes électroniciens, il en existait déjà (l'Altaïr par exemple, inutile et inutilisable sauf pour un hobbyiste électronicien). L'Apple I (1976) puis très vite l'Apple II (1977) ordinateur qui sera vendu à plusieurs millions d'exemplaires, sont pour l'essentiel l'œuvre de deux personnes (Steve Jobs pour l'approche et Stephen Wozniak pour l'électronique). Ces micro-ordinateurs étaient techniquement à la portée d'IBM ou de ses nombreux concurrents des années 60 ou 70 (2). Mais la capacité technique n'est pas tout; il arrive souvent que la vision fasse défaut.

Cette qualité conceptuelle, ce leadership d'approche, n'épargne pas aux entreprises de devoir travailler pour l'exploiter ou l'imposer, mais il leur donne quelques pas d'avance sur les concurrents et surtout il facilite les arbitrages auxquels les entreprises sont confrontées. Bien sûr les approches qui s'imposent ne sont pas définitives; elles peuvent se dissoudre en étant adoptées par tous les concurrents d'un marché; peuvent être dépassées par des approches plus en phases avec de nouvelles évolutions ou avec des attentes qui émergent plus tardivement (3). Mais les premiers arrivants sont toujours les mieux servis (le principe" finder keeper » serait presque transposable aux cerveaux des chalands). Le marché est un processus de révélation, et seules des approches plus pertinentes peuvent, décennie après décennie, en lever les zones d'ombre.

Les idées libérales: un réservoir de vérités pour l'entreprise

Les idées libérales sont génératrices de telles nouvelles approches commerciales pertinentes. Les mieux fondées de ces approches ne peuvent en effet contredire les vérités économiques. Le marché aussi se nourrit du bien, c'est-à-dire du vrai, du juste, du bon et du beau. Je sais combien choquantes pourront paraître à certains ces propositions, mais nous savons les états d'ignorance dans lesquels la pensée socialiste plonge nos contemporains. Il faudra bien que ces vérités émergent, et les entreprises qui adopteront un point de vue libéral sur leur marché seront plus aptes à résoudre les problèmes qui se posent réellement à leurs clients que celles qui se cantonnent à suivre les sondages.

Les contre-vérités et les contre-solutions qui sont diffusées par l'écologisme caractérisant la période contemporaine (à commencer par la volonté de confier le monopole des décisions environnementales à des pouvoirs centraux, historiquement les plus pollueurs, alors même que toute la nature est "décentralisée") doivent être vues comme des sources de business. Ne doutons pas que les entreprises qui trouveront les angles d'attaque pertinents pour démonter ces mensonges ambiants et privatiser les aspirations environnementales prendront l'avantage sur leurs concurrentes. Et comme on nous racontera bientôt que le gouvernement ou le Ministère du Développement Durable sont à l'origine de toute initiative en la matière, profitons du fait que nous avons encore la mémoire un peu fraîche pour nous souvenir que The Body Shop, Ben & Jerry's ou Max Havelaar ont précédé d'une quinzaine d'années toute législation.

Enfin, le dernier mais non le moindre des avantages qu'une entreprise pratiquant une politique libérale peut espérer, c'est le gain de parts de marché, et plus précisément la transformation de parts de pouvoir en parts de marché (4). Toute la place occupée par l'Etat, par la réglementation, par la fiscalité est un espace à conquérir pour l'entreprise, la concurrence, les ventes. Les entreprises les plus aptes à emporter ces parts de marché seront celles qui auront préalablement réussi à gagner des" parts de légitimité ", celles qui auront, par leurs actions ou leur communication, délégitimé les pouvoirs publics. Avant d'en arriver à cet avenir radieux, quelques notions libérales devront être mieux intégrées dans le monde de l'entreprise.

Trois notions libérales indispensables  et trop souvent absentes dans la pensée entrepreneuriale

Toutes les théories libérales méritent d'être mieux connues et les analyses libérales sectorielles (logement; soins médicaux ; instruction, etc.) sont indispensables à la compréhension de chaque marché (et d'autant plus que l'Etat y exerce une forte influence). Mon expérience en tant que conseil en stratégie commerciale m'a amené à constater que trois notions libérales devraient être mieux répandues dans le monde de l'entreprise si l'on veut assister à l'émergence de ces marques héroïques et avides de prendre des parts de marché ou de légitimité à l'Etat que j'appelle de mes voeux. Leur intégration par les entrepreneurs est
comme un préalable nécessaire. Ces trois notions sont le coût d'opportunité, le droit naturel et "l' inconnaissabilité" du futur (5).

Le coût d'opportunité

Un produit est en concurrence avec tous les autres. On ne circonscrit des secteurs d'activité que pour disposer de référents qui permettent de mesurer la progression d'une entreprise, d'identifier des concurrents majeurs, d'observer et de comprendre les tendances sur un marché donné, tel qu'on le définit. Mais un produit reste en concurrence avec l'ensemble du marché. La pièce de monnaie que j'alloue à une dépense me prive de toutes les allocations alternatives. Ce que me coûte réellement le slip que j'achète, c'est le caleçon ou le calepin que je ne peux plus acheter. C'est à cette compréhension fondamentale que nous ouvre la notion de coût d'opportunité. L'erreur si fréquemment commise consiste à penser que les ménages ont un budget défini pour chaque type de dépense et qu'il faut se battre à l'intérieur de ce budget.

Rien n'est plus faux. S'il est séduit par une paire de baskets, le client sait bien qu'il ne peut l'acheter qu'en se privant de quelques sorties. L'erreur concomitante et qui est celle sur laquelle je veux mettre l'accent, est de croire qu'il existe des marchés top sympas pour lesquels les clients sont prêts à se ruiner, et des marchés sans attrait qui n'évolueront pas. Or il n'y a pas de malédiction. Si les fast-foods, les baskets, les ordinateurs domestiques ou les consoles de jeux représentent une part élevée du budget des ménages, c'est parce que McDonald's, Nike, Apple et Nintendo sont venus dire le droit et faire la police sur ces marchés. Les déjeuners sur le pouce pourraient encore aujourd'hui se faire debout au comptoir de brasseries à l'éclairage indécis. Les chaussures de sport pourraient continuer d'être des articles de vestiaire pour footeux, et les micro-ordinateurs n'intéresser encore et toujours que les hobbyistes électroniciens. Il n 'y a pas de secteur maudit: seulement des marques commerciales qui n'existent pas encore sur des marchés qui attendent d'être révélés.

Le droit naturel

Deuxième notion libérale indispensable: le droit naturel. Il n'y a pas en effet de meilleur cadre pour penser une stratégie d'entreprise que le droit naturel.
Faut-il se féliciter comme certains n'hésitent pas à le faire, que le récent" Plan Borloo " entraîne la création de 10 000 entreprises de "services à la personne" ?
Je suis ravi bien sûr que des chômeurs trouvent du travail ou que d'anciennes attentes soient enfin satisfaites, mais en est-on arrivé là que les entrepreneurs sont ainsi aux ordres du pouvoir ? Ne sont-ils que de petits engrenages que les ingénieurs sociaux déplacent et font tourner à leur guise ? En pensant une stratégie d'entreprise dans le cadre du droit naturel plutôt que dans les limites de la législation dernier cri, on diminue le risque de disparaître bientôt du fait d'une nouvelle législation moins favorable. Réfléchissons à ce qui est souhaitable plutôt qu'à ce qui est autorisé. Il vaut mieux adapter sa stratégie à la législation en vigueur plutôt que de partir de la législation pour en déduire sa stratégie. Les lois de circonstances étriquent nos pensées. Le droit naturel donne au contraire du souffle à la réflexion stratégique et permet de mieux distinguer les responsabilités qui incombent à l'entreprise sur son marché, ainsi que les libertés qui lui restent à conquérir. Les lois n'évoluent, sont abrogées ou ne tombent en désuétude que parce qu'on les contourne ou qu'on les ignore. Par ailleurs si une monnaie privée est illégale en France aujourd'hui, peut-être existe-t-il un îlot du Pacifique pour faire revivre la grande épopée de la banque libre écossaise ? Les entreprises s'internationalisent aujourd'hui facilement; les lois de chaque pays étant différentes, elles sont comme les notes d'un piano que l'entrepreneur peut jouer à sa guise, au gré des opportunités tactiques qu'elles lui offrent de mettre en oeuvre sa stratégie commerciale. Si les lois sont variables dans le temps et dans l'espace, à quoi se raccrocher ? A la propriété privée. Au droit naturel justement. Fi des lois scélérates! Leur vocation est de disparaître.Le rôle de l'entreprise est de les accompagner dans la mort pour pouvoir y substituer le plein exercice de sa responsabilité.

L' « inconnaissabilité » du futur

Enfin l'inconnaissabilité du futur. Les libéraux sont très fermes sur cette inconnaissabjlité du futur mais il m'est arrivé d'en entendre défendre l'idée qui veut que si l'Etat ne pouvait pas prévoir l'évolution des marchés, les entreprises, par leurs études de marchés, étaient davantage capables de défricher l'avenir. Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour dénoncer ce propos. L'inconnaissabilité du futur est valable pour tous. Si les études de marché consistent à regarder les chiffres de vente passés, elles s'appuient sur des faits, sur des certitudes historiques aussi solides que le roc. Ce qui n'empêche qu'elles peuvent déboucher sur nombre de conclusions contradictoires. De grosses ventes le mois dernier signifient-elles que le marché est désormais saturé ou qu'il est en croissance ? Faut-il s'inscrire dans la tendance ou anticiper la rupture ? A chacun de livrer ses interprétations sur la base des chiffres et de son expérience. En revanche si par études de marché on entend "sondages d'opinion" alors permettez-moi de l'affirmer, plutôt que d'éclairer les entreprises, ceux-ci les aveuglent tout au contraire.
Les sondages ne fonctionnent pas. Un seul contre-exemple devrait suffire.Il en existe par tonnes. Une grande marque de raviolis, désormais évacuée des linéaires, avait dans les années 70 déduit de sondages explicites l'opportunité de proposer des raviolis mi-viande mi-légumes. Battage, mise en place, échec. Re-sondages, confirmation d'un assentiment extraordinaire (j'ai le souvenir de 85 %, ce qui est très élevé) nouvelle campagne de communication, nouvelle mise en place, nouvel échec.
A contrario, Akio Morita, l'ancien président de Sony, avait souhaité lancer la production d'un objet que nous connaissons depuis sous le nom de Walkman. Aucun avenir, les tests étaient formels: le produit conduirait à l'isolement, au repli sur soi, quand la musique n'est que partage... et puis la rue n'est pas un endroit pour écouter de la musique. Non vraiment n'y pensez plus! Akio Morita continuait d'y penser pourtant car il souhaitait, pour lui-même, lors de ses entraînements de golf, un équipement léger pour écouter de la musique en haute-fidélité. Il a fini par demander à ses équipes de passer outre les sondages, toujours aussi négatifs, et le Walkman a été le succès commercial que l'on sait, sur tous les continents. A des échelles variées, connues ou inconnues, les exemples abondent (6)... Le rôle d'une entreprise n'est pas de refléter les goûts du public mais de proposer de nouvelles choses, d'étonner .Faut-il le dire à des "économistes de l'offre" : la demande, stricto sensu, est impossible à satisfaire; seule l'offre peut surprendre et séduire.
En ce printemps 2007, trois consoles de jeux de nouvelle génération se font concurrence. Les consoles Sony (Playstation 3) et Microsoft (X box 360) sont orientées sur la satisfaction de la demande et proposent plus de rapidité, plus de pixels à l'écran, plus d'intelligence artificielle, etc. La console Nintendo (Wii) nettement moins ambitieuse dans ces domaines, innove totalement en proposant au joueur une interface originale: une sorte de télécommande dont la position dans l'espace est reconnue par la machine. Les deux premiers produits déçoivent (pas assez rapides, haute définition peu perceptible, hors de prix, pas assez différents de la génération précédente...) et le troisième cartonne. Comme le dit Genyo Takeda, responsable de l'ensemble du projet Wii chez Nintendo : " [...] le besoin de ceux qui recherchent" toujours plus" ne peut jamais être comblé. Après avoir obtenu un, puis deux, ce n'est plus trois qu'ils désirent, mais cinq, dix, trente ou même cent. Leurs désirs grandissent sans cesse, et cela ne mène nulle part si nous essayons simplement de les suivre. " La société n'en est pas à son premier écart : dans le domaine des consoles de poche, la DS (Dual Screen) sortie fin 2004 bat tous les records de vente en offrant à l'utilisateur une interface extra-terrestre: deux écrans superposés dont un tactile. Et ce n'est probablement pas non plus après avoir interrogé les populations que Nintendo a choisi pour héros Mario, un petit plombier italien moustachu...

Faire interroger mille ménagères ne sert souvent qu'à s'épargner la peine de discuter avec une seule d'entre elles

A quoi peut bien servir une entreprise sinon à nous proposer ce à quoi nous n'aurions jamais pensé nous-mêmes ? Ce ne sont pas les consommateurs qui ont inventé le briquet, l'aspirateur, la moissonneuse-batteuse ou la neuvième symphonie. L'offre crée sa demande, et seul le travail engendre de la richesse. Et puis rassurez-moi, nous ne sommes pas au zoo. Les entreprises ne produisent pas pour des singes. N'est-il pas possible de se mettre à la place de ses clients ? D'exercer ces facultés humaines que sont la sympathie ou la compréhension ?
Et tester sur soi-même l'intérêt de ce qu'on propose. Ou bien d'ouvrir les yeux, de regarder autour de soi, de parler avec des gens, même plus pauvres que soi.
Sous prétexte de respecter les attentes des clients, les sondages ne sont souvent qu'une nouvelle incarnation du mépris qu'on leur porte. Transformé en particule statistique, le chaland disparaît.

Nombre de grandes entreprises ont connu une histoire qui suit un même schéma. Dans un premier temps le fondateur, entrepreneur visionnaire, suit ses fermes convictions et fait simplement fabriquer les produits ou développer les services qui lui semblent manquer. Dans un deuxième temps (après la mort du fondateur) les sondages remplacent la vision: l'entreprise abreuve la demande et donc si le chiffre d ' affaires s' accroît, c' est avec une rentabilité toujours moindre. Une phase" financière" peut survenir dans un troisième temps: l'activité ne rapportant plus rien malgré des sondages toujours plus nombreux, ce sont les sommes colossales transitant par l'entreprise, ses flux financiers, qui sont utilisés pour dégager des revenus. Cette phase précède généralement la mort, le plus souvent par démantèlement. Conclusion: le plus gros atout des entreprises naissantes est de n'avoir pas les moyens de faire des sondages.

Quelques reportages sur les récents "débats participatifs" de Ségolène Royal nous ont aussi montré des collections d'idées bien pauvres en reaganomics : " Moi l'injustice ça me révolte!"; "LaTerre,il n'y a rien de plus important au monde!"; "Les enfants ça n'a pas de valeur! " On n'a pas le droit de faire du mal aux arbres! "; "La misère pour moi c' est pas supportable!"… Qu' elles soient "quali " ou "quanti", les études ne donnent pas de résultats plus pertinents sur le marché qu'en politique. Et une projection de comportement n'est pas un comportement. Quand je suis invité chez des amis je me dis que "si j'étais eux ", j' installerais une coursive, une mezzanine, casserais le mur du fond et ferais creuser un lac au bout du jardin. De retour dans mon taudis, tout mon courage s'est évanoui: je n'ai plus infiniment de temps, infiniment d'argent, infiniment d ' espace…

Pourquoi cette question des sondages revêt-elle autant d'importance ? Parce que si vous posez la question "Mon entreprise doit-elle se préoccuper de justice sociale ? " il y a fort à parier que les "plutôt favorable", les "assez favorable" et les "très favorable" seront majoritaires. Pourquoi vous en préoccuper ? Les sondages peuvent vous inspirer pour définir la politique de votre entreprise, mais exactement au même titre que les prévisions astrologiques, les brainstormings ou les contes d'Andersen. L'erreur c'est uniquement d'y croire. Si le futur est inconnaissable c'est d'abord parce que les cerveaux sont insondables. Et aussi longtemps que les sondages imposeront leur petite dictature aux décideurs privés il ne faudra pas espérer voir des entreprises s'attaquer courageusement aux monopoles publics.

La voie naturelle vers la liberté ?

Lorsqu'on les interroge, les Français se disent anti-américains, mais concrètement ils vont, Nike aux pieds, boire leur Coca-Cola chez McDonald's. Au fond, ils sont moins méchants qu'ils ne le disent. Ils se prétendent également antilibéraux mais avec 17 % de part de marché en 2006, les établissements E.Leclerc arrivent en première position devant Carrefour (14 %) et tous les autres ( Source NS Secodip).
Cette liberté pour laquelle les Français refusent de voter, n' est-il pas temps de la leur vendre ?
Pour libérer l'avenir, la voie commerciale dispose d'un gros avantage sur la voie élective car cette dernière souffre d'un énorme effet de seuil. Aussi longtemps que vous ne dépassez pas les 50 %, vous n'avez, sinon aucune influence, aucun pouvoir en démocratie. Aucune possibilité de démontrer concrètement la validité de vos propositions, et pas ou peu de moyens pour continuer d'exister.
Tandis que sur le marché, 1% peut suffire à vivre bien, à développer son offre, à convaincre peu à peu les clients par la qualité de son travail. Avec ses actionnaires, ses employés, ses fournisseurs et ses clients, la firme (société, entreprise, marque) constitue un système autonome qui n'exige l'approbation d'aucune majorité. L'entreprise ne compte que sur ses propres efforts (ceux de ses employés) pour ac.complir le travail. C' est tout l'espoir d' une libéralisation, par les voies commmerciales. D' autant plus qu une entrepnse n' est pas condamnée à s' en tenir à un territoire national donné pour trouver les moyens de sa subsistance. Elle n'est pas non plus tenue d'attendre la date des élections. Et si elle rate une vente, elle peut en réussir deux par la suite. Elle ne peut être anticonstitutionnelle et pour elle la légitimité prime la légalité, car le marché est la seule institution dont elle dépend.

Et l'influence d'une entreprise n'est pas limitée à son seul travail. Lorsque les ventes suivent, les concurrents s'alignent. Rendons grâce aux sondages de contribuer à cet effet démultiplicateur. S'ils ne permettent jamais d'inventer rien qui vaille, ils permettent en revanche de confirmer auprès de décideurs hésitants les goûts du public pour telle voie ouverte par un de leurs concurrents plus audacieux.

Si les entreprises sont convaincantes, c'est parce qu'elles remplissent les ventres. Je ne suis pas utilitariste moi-même, mais il faut bien reconnaître que nombre de libéraux, hier socialistes ou keynésiens, sont venus au libéralisme par utilitarisme. Il n'y a pas de mauvaises raisons d'être libéral et si certaines sont plus nobles que d'autres, il faut laisser à chacun le temps de parcourir son cheminement dans le sens qui lui convient. Pourquoi vouloir retirer l'échelle une fois qu' on est là-haut ? Je me souviens de journalistes, après la chute du mur de Berlin, s'étonnant de voir des Allemands de l'Est venir acheter des ananas à l'Ouest plutôt que les discours de Périclès. N'est-il pas naturel d'avoir le ventre plein avant de comprendre pourquoi et comment, de s'intéresser ensuite aux mécanismes du marché puis de se fondre enfin dans l'amour de la liberté ? Avec sa communication libérale, un hypermarché qui fait chuter drastiquement le prix des produits (ce qui au fond pourrait être présenté comme une politique «de gauche») n'est-il pas plus immédiatement convaincant qu'un aréopage de juristes ? Le premier ne constitue-t-il pas la meilleure introduction au second ?

Des marques irrévérencieuses envers le pouvoir pourraient faire le lit de politiques libérales

La fréquentation des cercles libéraux m'aura prouvé par tous les biais et dans tous les domaines que l'économie de marché est supérieure au socialisme.
Elle est supérieure au socialisme pour la gestion aéroportuaire, les soins médicaux, l'assurance, la retraite, le logement, les rues, le développement, la liberté, les ondes, l'environnement, etc., etc., mais, de fait, au mépris de toute cette supériorité, c'est toujours le personnel de l'Etat qui dicte sa loi aux opérateurs privés. Le règne des entreprises privées sur le monde, tous les socialistes s'en plaignent déjà mais je l'attends encore. Alors je m'interroge: aurions-nous fait une erreur d'aiguillage ? Plutôt que de nous adresser à un personnel politique sourd à nos arguments, ne devrions-nous pas exhorter les entrepreneurs à se servir des idées libérales pour positionner leurs marques commerciales ou à s'en inspirer pour orienter la stratégie de leurs entreprises ? (7) Et sans même aller aussi loin, la voie commerciale ne doit-elle pas au moins précéder la voie politique ?

Ma conviction est qu'une trentaine de petites entreprises, chacune dans son domaine, tenant avec fermeté les rênes de son chapitre, de son ministère, et assaillant l'Etat comme une colonie de spermatozoïdes assaillent un ovule, peut suffire à démonter l'édifice étatique à la vitesse de Tcheullima (8).

L'entreprise est naturellement dissidente. Elle a bien souvent été domptée par la loi. Rendons-la à sa nature première! Alertons les entrepreneurs sur le fait que les avantages à tirer de cette dissidence peuvent l'emporter sur les coûts.
Et s'il est vrai que la ventripotence étatique offre par ses masses adipeuses un vaste champ (9) aux entreprises conquérantes, existe-t-il beaucoup de pays où l'herbe est plus abondante, plus belle, plus verte et plus grasse qu'en France ?

(1)   Y compris chez McDonald's. On ne sait pas toujours entre Ies mains de qui un texte peut tomber et si vous faites partie des trop nombreux français qui pensent que le matraquage publicitaire est la seule recette du succès de ces restaurants, rappelons qu'il est possible d'y manger pour moins d'un euro un repas chaud avec de la viande, même à cinq heures de l'après-midi, que l'addition est payée d'avance donc sans surprise, que les enfants y trouvent des jeux en plus de la liberté de manger avec les doigts (et les étudiants, même étrangers, un travail compatible avec leurs études) plantes vertes, transparence, qualité, hygiène, propreté, etc., etc., et si leurs sandwichs (ou leurs salades) ne vous plaisent pas, n'en mangez pas bien sûr !

(2) Pour mémoire, concernant les gros systèmes, ceux qu'on appelait" the seven dwarfs »,
par comparaison avec IBM: Burroughs, Sperry Rand, Control Data, Honeywell, General Electric, RCA, NCR ; pour les systèmes plus petits : Digital ou Hewlett-Packard.

(3) Ainsi sur le marché du sport pourrait-on imaginer de nouvelles marques se positionnant par exemple sur l'arbitrage (on ne peut apprécier que les sports dont on connaît les règles) ; sur la fusion des sports et des jeux (échecs, bridge...) en un même ensemble; sur l'adoption de préoccupations environnementales ; sur une diffusion prioritaire parmi les populations les plus pauvres (jeux pour tous) ; ...voire sur une remise en cause de la valeur des installations et des dépenses  publiques

(4) Quand on parle de prendre des parts de marché à l'État, on ne parle pas bien sûr de concessions publiques vendues à des entreprises privées. Ce qui n'est au fond qu'une institutionnalisation de la corruption. Les entreprises privées qui achètent des concessions publiques (eau, voirie. ..) achètent du pouvoir, de la contrainte, un monopole.

(5) La théorie subjective de la valeur fait gravement défaut elle aussi mais je la place en dehors du propos ici développé.

(6) Au nombre des cas célèbres on pourrait parler de l'échec cuisant de la Ford Edsel (ainsi que du succès ultérieur de la Ford Mustang, conçue par une équipe réduite plus affranchie de la "demande" ).

(7) N'attendons rien en revanche des organisations professionnelles, des fédérations, chambres, groupements sectoriels ou patronaux, etc. qui sont toujours partagés. Ces organisations défendent les intérêts de leurs adhérents et ne sont libérales que lorsque cela les arrange. D'une part elles s'opposent aux législations qui sont défavorables à leur industrie, contre la fiscalité excessive qui les frappe, etc. mais d'autre part elles se montrent favorables aux subventions, aux barrières douanières, etc. Les organisations privées dont nous parlons qui peuvent faire reculer l'État sont des entreprises privées indépendantes prêtes à s'isoler de tous leurs concurrents en adoptant un positionnement unique les opposant aux abus des pouvoirs publics.

(8) Figure stylistique djoutchéenne (Corée du Nord).

(9) Peut-être aussi vaste que l'État lui-même. Je confesse avoir pour ma part la certitude, et il me semble que cette certitude est fondée, que l'État est entièrement remplaçable par des marques de justice, de police, d'armée, etc. dont la consommation soit facultative, profitable même à ceux qui n'en sont pas clients, et qui n'aboutissent pas à un Beyrouth en guerre. A défaut d'exemples historiques concrets démontrant par l'exemple la possibilité d'une telle maturité civilisationnelle, j'admets la part de foi qui subsiste peut-être encore dans ma certitude et renvoie donc à d'autres lieux le débat sur ce noble sujet.

Posté par sewe à 16:18 - Entreprise - Rétroliens [0]

25 avril 2007

Ma vérité sur la planète

Cet article est paru dans Valeurs actuelles n° 3673 du 20 avril 2007 sous le titre:

"La secte verte: Claude Allègre livre sa vérité sur la planète"

L'Objectif de la secte verte, c'est pour l'homme la punition, la vie dure; pour la société, c'est la contrainte, la réglementation. La méthode, c'est la peur.

Claude Allègre n'est pas tendre avec les « éco-intégristes » dans son livre Ma vérité sur la planète. Bien plus qu'un pamphlet, son ouvrage dénonce le fondamentalisme et l'ignorance des écologistes les plus virulents, n'épargne pas les plus médiatiques, comme Nicolas Hulot et Al Gore. Dans un contexte où le catastrophisme l'emporte sur la raison, l'ancien ministre, professeur émérite à l'Institut de physique du Globe de Paris et membre de l'Académie des sciences, fustige « l'imposture verte ». Son livre dérange, mais comment s'opposer à un scientifique reconnu par ses pairs ?

« En science, on parle d'écologie et de pollution depuis plus d'un siècle ! Mais dans une indifférence quasi générale », assène Claude Allègre -qui n'a pas attendu Nicolas Hulot pour s'intéresser à la question. Mais il va plus loin : s'il était appliqué, le pacte de l'animateur « conduirait la France à régresser d'un demi-siècle », affirme l'ancien ministre. Et d'ajouter que ce « catastrophisme éclairé » créerait « chaque année plusieurs centaines de milliers de chômeurs et conduirait à mettre en place un système de rationnement comme nous n'en avons pas connu depuis l'occupation allemande. C'est un programme de décroissance qui tourne le dos au progrès ».

Car c'est bien cette idéologie du déclin que blâme Claude Allègre. «Le progrès s'est transformé en risque», entend-on fréquemment depuis 1970. A 1'époque, le Club de Rome, dans son rapport intitulé "Halte à la croissance" prédisait famine mondiale et catastrophe planétaire. Or, sans croissance, nulle politique n'est possible, qu'elle soit sociale ou écologique. C'est pourquoi le chercheur prône « une écologie réparatrice et évolutive, et non rétrograde », qui serait «un moteur de croissance et de lutte contre les inégalités».

Claude Allègre qualifie même de "fondamentalistes" certains Verts, dont les «programmes dangereux et irréalistes sont autant de régressions scientiques, humaines et économiques», où la nature doit dominer l'homme, niant des millénaires d'évolution et de révolutions. Dans la « secte verte », "la science n'est présente que lorsqu'elle conforte ce qu'on pense". il désigne Al Gore comme l'un de ses gourous » : « Il a organisé une gigantesque pompe à fric. Une conférence lui rapporte 200 000 dollars l'heure, plus trois places d'avion en première classe. Son film, au moins 50 millions de dollars. Al Gore vit comme un milliardaire. " Selon lui, l'ex -vice-président américain joue sur la peur : «Raconter que le niveau de la mer va augmenter de six mètres en un siècle, c'est grotesque et il le sait. Il va peut-être augmenter de trente centimètres. .."

Loin de nier les dommages que l'homme fait subir à la planète, Claude Allègre défend l'exactitude scientifique et critique les ingérences politiques. Le changement climatique est pour lui "essentiellement naturel ". Depuis quatre millions d'années se succèdent périodes de glaciation et de réchauffement. Selon Allègre, aucune observation scientifique n'a permis de lier le réchauffement climatique à l'activité humaine.

Idem pour les OGM, une autre bataille partisane. ..Ils permettraient de réduire l'usage des pesticides, d'endiguer la faim en Afrique, de vacciner ou de guérir des maladies, comme la mucoviscidose. Tout le monde le sait, affirme Allègre. Même José Bové, qui aurait dit: « On sait bien que les OGM ne sont pas dangereux mais ça fait peur, c'est donc parfait pour atteindre notre but politique" (extrait du livre de Sophie Lepault, Il faut désobéir à Bové). Une thèse que l'on peut discuter, mais l'on s'accordera sur un point: quand la politique et l'écologie s'imbriquent, la planète est vraiment en danger.

Cécile Mortreuil

Posté par sewe à 16:22 - Ecologie - Rétroliens [0]

15 avril 2007

La droite s'assume enfin

Présidentielle : travail, identité nationale, réduction des impôts…
par Fabrice Madouas

Il fallait être linguiste pour y penser. Jean Véronis et Louis-Jean Calvet, professeurs à l’université de Provence, ont passé au crible les principaux discours des candidats à la présidentielle. Leurs travaux, publiés au Seuil (Combat pour l’Élysée : paroles de prétendants), remettent bien des choses en place.
Quel est le mot préféré de Ségolène Royal, celui qu’elle emploie le plus ? « Salariés ». En revanche, on ne trouve guère de traces, dans ses déclarations, de la nation dont elle prétend porter l’étendard. Nicolas Sarkozy consacre l’essentiel de ses discours au « travail » : c’est le mot qu’il utilise le plus souvent. Celui de François Bayrou ? « Pays », et celui de Jean-Marie Le Pen : « peuple », suivi par « nation » et « liberté ». Des thèmes révélateurs de la droitisation de la campagne, tout comme ce mot commun aux quatre candidats, « valeurs », qu’ils emploient avec la même fréquence : c’est le maître mot de cette élection présidentielle.
Est-ce surprenant ? Les jeunes générations exercent sur Mai 68 un sévère droit d’inventaire. 83 % des 15-25 ans tiennent le travail pour une valeur positive, selon un sondage CSA paru dans Capital en août 2006. Ils plébiscitent aussi le patriotisme (64 %) et l’autorité (60 %), que leurs aînés vouaient aux gémonies. Rien n’est joué, mais cette campagne le prouve : beaucoup de Français ne croient plus aux “lendemains qui chantent”, ni ne veulent faire du passé table rase. Ce que confirment les sondages : pour l’instant, la gauche, tous candidats confondus, recueille, au premier tour, moins de 40 % des intentions de vote.
Valeurs actuelles le relevait déjà l’an dernier : « Après quarante ans d’un débat cadré par les slogans de Mai 68 – “jouir sans entraves” ; “il est interdit d’interdire” ; “prenez vos désirs pour la réalité” –, tout se passe comme si, sous la pression des événements, la politique revenait enfin sur terre », écrivait Éric Branca le 1er décembre 2006, dans le premier numéro de notre nouvelle formule.
Les socialistes eux-mêmes sont obligés d’en convenir. Ségolène Royal a gagné la primaire du PS en s’appuyant sur l’opinion, contre ceux qui croyaient encore, comme Laurent Fabius, qu’il fallait conquérir le parti par la gauche.

Une demande d’ordre qu’aucun politique ne peut négliger.
C’est dans le corpus catholique qu’elle est allée puiser le concept d’ordre juste dont elle a fait son slogan : on le retrouve chez saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle. « Mieux, il est abondamment cité dans l’encyclique Deus caritas est de Benoît XVI, publiée seulement quinze jours avant que Royal ne l’utilise ! » s’amuse le journaliste Éric Dupin dans À droite toute (Fayard). Ce choix n’est pas fortuit : il émane, du fond du pays, une demande d’ordre qu’aucun politique ne peut négliger. Interrogés par TNS Sofres pour le Nouvel Observateur, 67 % des Français portent un jugement positif sur l’autorité (76 % des sympathisants de droite). « Le discours politique est saturé de thématiques droitières comme l’autorité ou l’identité nationale », confirme Xavier Jardin, chargé d’enseignement à l’IEP de Paris et à l’université catholique de l’Ouest (Angers).
Cette contestation de l’héritage soixante-huitard a conduit les principaux candidats à faire campagne sur des thèmes chers à la droite. L’Ifop avait sondé les attentes de ses sympathisants pour Valeurs actuelles, le 1er décembre 2006. Il en ressortait que « les valeurs traditionnelles continuent d’occuper une place très importante à droite » : l’identité nationale, la sécurité des biens et des personnes, la baisse des impôts, la transmission du patrimoine, le travail, que Nicolas Sarkozy place au centre de ses préoccupations.
À la différence de Jacques Chirac, le candidat de l’UMP n’hésite pas à se dire de droite : ceux de ses “amis” que ce mot répugne « organisent les conditions de notre défaite idéologique avant même l’engagement de la bataille, a-t-il écrit, dans son livre, Libre, en 2001. Car enfin, pourquoi donc serait-il noble d’être de gauche, et faudrait-il s’excuser d’être de droite ? Ce refus d’affronter une telle querelle sémantique se traduit par un déficit d’identité pour nos électeurs, qui finissent par ne plus savoir qui les représente. » La concurrence du Front national l’a convaincu de tenir ce cap.
Dans ses discours, Sarkozy ne cesse de célébrer « la France qui se lève tôt et travaille dur ». Parce que le « partage du travail n’a jamais été une solution contre le chômage », il veut « sortir des 35 heures », comme les deux tiers des électeurs de droite. « Nous proposons, dit-il, d’exonérer les heures supplémentaires de charges sociales et d’impôts, pour le patron comme pour le salarié. » Pour un smicard qui ferait quatre heures de plus par semaine, « cela signifie un gain de 17 % sur sa feuille de paie. » Travailler plus pour gagner plus.
Ainsi présenté, son projet rompt avec l’assistanat mis en place par la gauche au début des années 1980. « Je veux réhabiliter le travail et, au-delà, le mérite, l’effort, le goût du risque. Je ferai en sorte que les revenus du travail soient toujours supérieurs aux aides sociales et que les titulaires d’un minimum social aient une activité d’intérêt général, afin d’inciter chacun à prendre un emploi plutôt qu’à vivre de l’assistanat. »
Sur ce point, Ségolène Royal ne se distingue pas de ses prédécesseurs socialistes : ne propose-t-elle pas la création d’une allocation autonomie pour les jeunes, sous conditions de ressources ? La gratuité des transports accordée par Jean-Paul Huchon aux RMistes, en Île-de-France, prouve, encore une fois, que la gauche n’a pas fait sa révolution culturelle.
Qui paiera ? Les Français ont compris aussi que l’on ne pouvait pas vivre éternellement à crédit. En témoigne le succès de François Bayrou quand il appelle à réduire la dette publique. Mais ils ne peuvent donner quitus à l’État du gaspillage de leurs deniers. Dans un pays où le poids des prélèvements obligatoires ne cesse d’augmenter, on ne réduira pas les déficits en alourdissant la charge fiscale mais en diminuant les dépenses. C’est bien l’avis des électeurs de droite : 86 % souhaitent la réduction de l’impôt sur le revenu, 79 % la suppression des droits de succession. La lutte contre l’insécurité figure parmi leurs principales préoccupations. Un thème que les candidats de droite n’avaient guère évoqué, jusqu’aux émeutes de la gare du Nord, le 27 mars.
À Nicolas Sarkozy, ces violents incidents ont rappelé que rien n’était réglé, malgré la baisse de la délinquance dont il se prévaut et le renforcement constant de l’arsenal répressif. 83 % des sympathisants de droite pensent aujourd’hui que l’ordonnance de 1945 doit être réformée pour « permettre la condamnation des mineurs délinquants à une peine de prison ».
Ces violences auront eu le mérite, au moins, de faire voler en éclats les faux-semblants socialistes. Au début de la campagne, Ségolène Royal n’avait pas hésité à proposer la création de « chantiers humanitaires [pour les jeunes délinquants] encadrés par des militaires ». Elle y avait gagné une réputation de fermeté, qu’elle a perdue le mois dernier en accusant la droite d’avoir creusé le fossé entre la police et la société.
Les incidents de la gare du Nord auront enfin réveillé le douloureux souvenir des émeutes de novembre 2005, quand les banlieues s’étaient embrasées. Ils ont aussi rappelé que la France avait bien des difficultés à intégrer des populations étrangères qui revendiquent à la fois l’égalité des droits et le droit à la différence. D’où le lien qu’établit Sarkozy entre l’immigration et l’identité nationale, devenue, ces dernières semaines, l’un des principaux sujets de controverse entre candidats.
Ce n’est pas la première fois que le candidat de l’UMP pose, après Jean-Marie Le Pen, la question de l’identité de la France. « Je ne crois pas à la fin des nations », déclarait-il à Nîmes, le 9 mai 2006, disant refuser que la France soit « condamnée à devenir une province européenne, dans une Europe sans identité, sans frontières, ouverte aux quatre vents de la mondialisation au lieu d’en être le rempart protecteur ». Il n’en propose pas moins l’adoption par le Parlement français d’un traité constitutionnel européen “simplifié”.
Identité nationale, valorisation du travail, lutte contre l’insécurité, réduction des impôts… Tout au long de la campagne, Nicolas Sarkozy aura obligé Ségolène Royal à jouer “en défense”. Est-ce à dire que la gauche vit désormais « sous l’emprise idéologique de la droite et inscrit son action dans le cadre mental de l’adversaire », comme l’affirme Éric Dupin ? « Sa capitulation idéologique, plus ou moins inconsciente, la place inévitablement en situation de faiblesse », estime l’auteur d’À droite toute. Pourtant, rien n’est moins sûr.
« Si la pensée de gauche est détruite, ce n’est pas pour autant que se construit une pensée de droite », répond Jean de Boishue, membre de la Fondation pour l’innovation politique, dans Enjeux-les Échos. Au contraire, poursuit-il, la droite « se contente de coller à la pensée de gauche pour ne pas perdre pied dans les mouvements sociaux ». En témoignent l’approbation par la droite du droit opposable au logement (et maintenant à la garde d’enfants !) et son ralliement inconditionnel au Pacs.
Dans ce domaine, celui des “questions de société”, la droite n’a pas osé rompre avec Mai 68. Elle continue de subir l’ascendant intellectuel de la gauche, au point de compromettre tout son projet politique : comment bâtir une société fondée sur le mérite et sur l’effort sans réformer l’école afin qu’elle transmette ces valeurs, sans renforcer la famille (un homme, une femme, des enfants) pour qu’elle en assure la pérennité ?
Sur l’école, Nicolas Sarkozy a dit des choses frappées au coin du bon sens : « Je veux que l’école soit un lieu de travail, d’autorité et de respect. Je suis pour que les élèves se lèvent quand les professeurs entrent dans les classes. » Mais, hormis la promesse d’accorder aux établissements plus d’autonomie et la réforme de la carte scolaire remplacée par « une obligation de mixité sociale, géographique et scolaire », le projet de l’UMP est particulièrement vague.
Mais c’est surtout sur la famille que les propositions de son candidat déroutent. Selon le sondage de la Sofres pour le Nouvel Observateur, 35 % seulement des électeurs de droite seraient favorables au mariage homosexuel (onze points de moins que l’ensemble des Français), une majorité rejetant l’adoption par des couples de même sexe. Nicolas Sarkozy se garde d’employer les mots qui fâchent, mais « je veux, dit-il, reconnaître la sincérité de l’amour homosexuel en créant une union civile donnant les mêmes droits aux couples de même sexe qu’aux couples mariés, à l’exception de la filiation et de l’adoption, ainsi qu’un statut de beaux-parents, valable pour les familles recomposées et homoparentales. »
En méconnaissant, dans ce domaine, les attentes des électeurs de droite, Nicolas Sarkozy priverait son édifice politique de sa clé de voûte, tant il est vrai que la prospérité d’une société se fonde sur la stabilité des familles. 

Paru dans Valeurs Actuelles n° 3672 du 13 Avril 2007

Posté par sewe à 12:00 - Politique - Rétroliens [0]

12 avril 2007

Emergence de la société civile

Par Jacques Garello

Le 5 septembre 2005

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  Notre Université d’Eté vient de se terminer, elle était dominée par l’œuvre de Tocqueville, et le lien qu’il établissait entre démocratie, liberté et société civile. On en est venu aux questions d’actualité.

La société civile, la vraie, va-t-elle sortir de son silence ? Peut-elle mettre fin à l’exception française qui nous prive de croissance et d’emplois, de paix sociale, de progrès personnel ?

Je précise bien : la vraie société civile. Et non pas celle inventée par les hommes politiques qui ont recruté ponctuellement quelque personnalité du monde de l’entreprise, de l’art ou du sport, quelque sommité de la médecine ou du barreau, quelque dignitaire syndical ou associatif pour les promouvoir au rang de ministres : juste assez pour démontrer qu’on était à l’écoute de la « France d’en bas » et que le gouvernement n’était pas seulement fait d’énarques et de militants chevronnés.

Non : la vraie société civile est celle que composent ces cellules de base du corps social que sont les familles, les entreprises et les associations (les vraies, elles aussi, celles qui ne sont pas subventionnées et ne sont ni à l’initiative ni à la remorque des élus). On comprend que le pouvoir ne les aime pas, et s’est employé dans tous les pays à la museler, à la désorganiser. Cette œuvre de destruction ou de captation de la société civile a été particulièrement réussie par notre Etat jacobin, qui écrase les pouvoirs locaux, qui prétend au monopole du cœur, de la justice et de l’intelligence,  qui régit la vie sociale et économique.

Tout cela est hélas bien connu, mais ne nous fait guère avancer. Je crois que ce qui est important, c’est que le moment de la résurrection et de l’irruption de la société civile dans le débat public me semble venu.

Il y a à cela une première raison : quelle crédibilité et quel avenir accorder à la classe politique française ? Quelles initiatives nos leaders de droite ou de gauche sont-ils capables de prendre pour amorcer enfin les grandes réformes sans lesquelles nous sommes promis à la ruine et conduits à la discorde ? Il faut une bonne  dose d’optimisme, ou de naïveté, ou d’ignorance pour croire encore que le salut peut venir « d’en haut », de l’homme ou du parti providentiel. Spécificité de la classe politique française ? Non pas : simple verrouillage du système électoral parfaitement réalisé par notre législation sur le financement des partis et par le mode de scrutin. Quand l’argent (public – ce qui est un comble) et l’investiture sont donnés par les états-majors, ceux-ci préfèrent les godillots aux fortes personnalités. Nous voilà donc condamnés, rebus sic stantibus, à revoir les mêmes acteurs de la même pièce indéfiniment rejouée depuis 1958, sinon 1945. Tocqueville l’expliquait : chaque fois que les Français croient faire une Révolution, ils reviennent en fait à l’Ancien Régime, une nouvelle aristocratie remplaçant la précédente. Le changement ne pouvant venir de la société politique, reste la société civile.

Je trouverai ainsi une deuxième raison au sursaut qui s’annonce : c’est la volonté de changement qui semble s’affirmer depuis quelques mois en France chez un grand nombre de responsables de la vie économique. La teneur des débats au cours de l’Assemblée du Medef, qui se tenait en même temps que la nôtre, ne trompe pas : le « politiquement correct » n’est plus de mise actuellement, les entrepreneurs doivent se manifester et éclairer l’opinion publique. C’est la survie des entreprises qui est en cause, c’est aussi l’avenir de millions d’hommes et de femmes qui voient les choses autrement que les fonctionnaires, car ils ont compris les exigences et les incertitudes personnelles que représente la compétition. Dans le même temps les associations, les clubs et les ligues reprennent vigueur ; les rapports, les manifestes et les bons livres se multiplient. Nous en  avons  été  pleinement conscients à Aix au cours de notre Université d’Eté. Des mouvements les plus jeunes, comme Liberté Chérie, aux plus anciens, comme l’ALEPS, on a mesuré la mobilisation croissante des adhérents, la qualité des initiatives prises et à venir. La famille libérale a appris à travailler en synergie et en partenariat au cours de ces derniers temps, et cela a peut-être déjà pesé lors du referendum – car bien peu d’entre nous ont été en faveur d’un projet socialiste. Tous ces gens revendiquent une totale indépendance à l’égard des partis et de leurs leaders, d’ailleurs les hommes politiques ne se sont pas bousculés cette année, ils n’aiment la société civile que quand elle leur sert de soutien électoral.

La troisième raison de l’espoir que je place dans la société civile c’est le contexte international, et notamment européen. J’ai rencontré le Président tchèque Vaclav KLAUS, un grand libéral et un vieil ami, ainsi que Matt LAAR, l’ancien premier ministre estonien pionnier de la « Flat Tax » en Europe ; tous deux m’affirment que l’Europe des 25 prendra une orientation différente de celle que voulait lui imposer l’axe Berlin-Paris. Cet axe lui-même va être mis à mal par la victoire très probable d’Angela MERKEL et de la CDU. La parenthèse sociale-démocrate européenne est donc sur le point de se refermer. Peut-on imaginer « la France seule » ? Aujourd’hui le nationalisme conduit à une impasse.

Ainsi ma conclusion est-elle une exhortation : il n’y a pas un instant à perdre si nous voulons peser tant soit peu dans le débat public. Il nous faut conjoindre tous les efforts de cette société civile, mener une action diversifiée mais complémentaire pour alerter, informer, voire éduquer l’opinion publique, et le cadre de l’entreprise ou de l’association, aussi bien que le cercle de la famille ou de l’amitié, sont propices à ce « samizdat », cette complicité, cette société parallèle qui a porté et nourri le message de la liberté dans les pays communistes.

Retenons les leçons de démocratie données par Tocqueville : travaillons ensemble à l’émergence de la société civile.

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09 avril 2007

Feu l'intellectuel de gauche

Quand la gauche se rallie à la pensée de droite.

Il pourrait arriver que pour la deuxième fois consécutive le candidat de la gauche, en l’occurrence la candidate, ne parvienne pas au second tour. On observe aussi à quel point ses réserves sont minces, au cas où elle y parviendrait. Si cette érosion politique devait s’avérer, elle serait le reflet de l’érosion intellectuelle. Ce qui n’est pas illogique : même si les politiques et les intellectuels en général ne s’aiment pas, une politique qui perd ses fondements perdra bientôt ses électeurs. La faiblesse politique de la gauche, sa difficulté à se refonder depuis la chute du mur de Berlin correspondent à la fuite massive de ses intellectuels.
Lorsque ma génération était estudiantine, la gauche absorbait tout et parlait toujours seule. Elle débordait d’arguments. Rien ne lui résistait, parce qu’elle habitait l’avenir – au moins le croyait-elle. Critiquait-on le marxisme, on devenait fasciste. Nous étions quelques-uns, silencieux et survivant grâce à l’humour, à ne pas hurler avec les loups.
Et puis nous avons eu la surprise d’observer, au cours des quinze dernières années, une métamorphose qui a frappé bientôt la plupart des intellectuels de gauche. En rangs de plus en plus serrés, ils venaient approuver la privatisation des entreprises d’État et assurer qu’ils croyaient dans les bienfaits du marché ; ils se sont mis à défendre l’importance de la famille stable pour l’équilibre des enfants ; nous les avons vus établir le lien entre les deux totalitarismes ou reconnaître les sottises de la lutte des classes, en appeler aux valeurs de la responsabilité et de l’expérience face au dogme du “tout est possible”, se délecter des textes de Tocqueville sur les âneries de la démocratie déclinante, considérer bientôt qu’aucun matérialisme militant ne donne sens à la vie – et même (je n’en crois pas mes oreilles) loucher avec un rien d’inquiétude et parfois avec un jeune enthousiasme, vers la question de Dieu… Je ne citerai pas de noms, il y en aurait trop.
On peut s’étonner de voir de quelle manière vaporeuse et souterraine nos intellectuels de gauche ont rejoint la pensée de droite. Bien entendu, nombre d’entre eux jurent qu’ils campent toujours dans le territoire de la gauche. Question de communication, et non de sémantique. Les peuples, disait Montesquieu, ne sont jamais frappés que par les mots. Naturellement, il ne manque pas d’esprits subtils pour tenter de nous expliquer que défendre la liberté, le marché, la famille et Dieu, c’était en réalité le fonds immémorial de la pensée de gauche… Mais enfin, on ne peut pas trop longtemps nous prendre pour des ânes. Voilà des gens qui nient avoir changé d’opinion. Il serait pourtant facile à un esprit cruel de faire l’histoire de ces retournements. Mais l’essentiel est ailleurs : quel que soit le vocable qu’on emploie, les valeurs défendues ne sont plus les mêmes.
Quant aux quelques intellectuels de gauche qui restent hantés par les idées de leur jeunesse, celles-ci les habitent comme des nostalgies ou des regrets inavouables. Ils n’en ont gardé que le négatif, puisque le reste a disparu : ils savent ce qu’ils ne veulent pas, mais ne savent plus ce qu’ils veulent, et aucun n’ose exposer ou écrire des théories auxquelles il ne croit plus – et qui d’ailleurs provoqueraient plutôt le rire ou la compassion. La gauche pensante exprime des vapeurs et des fluides, des états d’âme, des lamentations : elle ne développe plus des thèses car elle n’en a plus les moyens. La plupart de ceux qui pensent développent des thèses pour le camp d’en face.
Cette situation engendre dans les milieux intellectuels des conséquences inattendues, frustrantes ou risibles. Les conservateurs de toujours, qui se terraient dans l’ombre à force de se faire traiter de néonazis, relèvent la tête, supposant que leurs discours deviennent énonçables, dès lors que ce sont leurs adversaires qui les emploient. Néanmoins, on leur laisse entendre que les valeurs qu’ils défendent depuis toujours seront bien mieux défendues par les néophytes qui les combattaient encore il y a quelques années – la conversion frappe davantage : “Finalement, vous aviez raison, mais enfin, ce n’est pas à vous de le dire”.
En tout cas, au-delà des détours multiples de ce retournement, il reste que le combat intellectuel de la gauche est perdu en France, si l’on entend par là cette gauche historique, imprégnée par le marxisme et typiquement française, et non cette gauche imaginaire réinventée à l’instant par les convertis gênés. Probablement la gauche française était-elle trop liée au “socialisme réel” pour survivre après sa disparition. Il lui faudra retrouver le chemin du socialisme irréel, le seul qui fonctionne. En attendant, elle a perdu sa base arrière, à savoir ses intellectuels. Elle ressemble à ces canards décapités qui continuent malgré tout leur course, pour quelques instants… 


Chantal Delsol

http://www.valeursactuelles.com/magazine/france/index.php?num=3671&position=0&nb=5

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